6 saveurs, 1,49 €, et un trio qui pèse 100 millions d'abonnés. La boisson qui vise Prime débarque dans tous les Carrefour de France.
Le 1er juin 2026, Lucas Hauchard (Squeezie, 21M d’abonnés), Inès Reg ah non, pardon — Inoxtag (8M d’abonnés, ascensionniste de l’Everest) et Léna Mahfouf alias Léna Situations (5,5M d’abonnés, papesse de la mode TikTok française) lancent ensemble Ciao Energy, une boisson énergisante en 6 saveurs vendue 1,49 € la canette. Objectif déclaré : devenir le numéro 1 français du segment, devant Red Bull, Monster, et surtout Prime Hydration qui s’effondre depuis 18 mois.
Le trio n’arrive pas en touriste. Derrière Ciao Energy se cache Banger Ventures, le fonds opérationnel co-fondé par Squeezie en 2023, qui a déjà fait sortir Ciao Kombucha en 2024 — un produit qui a généré 23 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 selon les données Circana relayées par LSA Conso. Une preuve de concept qui valide leur capacité à transformer une audience en linéaire de supermarché.
La distribution est massive dès le J1 : Carrefour, Auchan, Monoprix, Franprix, Casino, Intermarché, plus une présence dans les stations-service Total Energies. C’est-à-dire 90% du retail food en France couvert dès la première semaine. Aucune marque créateur n’avait jusqu’ici réussi ce déploiement initial — pas même Feastables, dont MrBeast a mis 18 mois à atteindre une couverture comparable.
On a passé deux ans à formuler ce produit avec une vraie équipe de nutritionnistes. On n’a pas voulu sortir un truc qui ressemble à du Red Bull avec notre tête dessus. On voulait quelque chose qu’on consommerait nous-mêmes, tous les jours.
La composition tranche avec le standard du marché. Là où une canette Red Bull contient 11g de sucre / 100ml et 32mg de caféine, Ciao Energy affiche 4g de sucre / 100ml et la même teneur en caféine (32mg). La différence se joue sur la stévia comme édulcorant naturel, et un édulcorant de synthèse en complément.
Les six saveurs ont été annoncées hier en exclu sur le compte TikTok de Léna :
L’embouteillage est 100% français (Bourgogne-Franche-Comté), un argument que le trio a martelé toute la matinée sur Instagram. Le prix de 1,49 € la canette de 250ml positionne Ciao Energy sous Red Bull (1,89 €) et au niveau de Monster (1,49 €) — un sweet spot pensé pour les 15-25 ans, cœur de cible.
Le timing n’est pas un hasard. Le segment des boissons énergisantes connaît un séisme depuis 2024. Prime Hydration, lancée en 2022 par Logan Paul et KSI, a vu ses ventes chuter de 76% entre 2023 et 2025 selon NielsenIQ. La marque, qui avait généré 1,2 milliard de dollars sur sa première année, s’effondre face à la lassitude du public et aux controverses (teneurs en caféine, fuites en magasins).
Le marché français reste dominé à 82% par le duopole Red Bull / Monster. Les 18% restants se répartissent entre une dizaine de marques sans leader clair. C’est précisément cette brèche que Ciao Energy vise. Et le trio Squeezie / Inoxtag / Léna a une carte que personne d’autre n’a pu jouer : une audience cumulée de 100 millions d’abonnés à 70% francophone.
On parle beaucoup des trois visages, mais le vrai sujet stratégique, c’est Banger Ventures. Ce n’est pas une simple agence ni un fonds : c’est un co-fondateur opérationnel qui prend en charge tout ce que les créateurs ne savent pas faire — la R&D produit, les négociations avec les centrales d’achat, la logistique, le SAV.
Notre rôle, c’est de transformer une influence en marque pérenne. Beaucoup d’influenceurs se brûlent les ailes en sortant un produit médiocre. Nous, on prend deux ans pour bien faire, parce qu’on sait qu’une marque créateur qui rate son lancement est morte.
Pour Ciao Energy, Banger a investi ~8 millions d’euros sur 24 mois en R&D, sourcing, formulation et test consommateurs (informations issues de leur communication officielle). Un investissement comparable à ce que Coca-Cola peut mobiliser pour un lancement franchise.
Trois scénarios se dessinent pour l’avenir immédiat de la marque.
Scénario 1 — Le carton. Ciao Energy fait 40 à 60 millions d’euros de CA sur 12 mois, devient n°3 du marché français derrière Red Bull et Monster, et déclenche une vague de copycats chez les autres gros créateurs français (Michou, Joyca, Lufy, etc.). Probabilité : élevée, vu la préparation et la distribution.
Scénario 2 — Le plateau. Le produit fait 15-25 M€ de CA, ce qui est confortable mais en-dessous du buzz attendu. Les 3 fondateurs garderaient la marque comme actif rentable sans en faire un leader. C’est ce que vivent la plupart des “boissons d’influenceurs” qui durent.
Scénario 3 — L’effet Prime. Lancement explosif, puis dégonflement rapide au S2 2027 si la qualité produit ne suit pas, ou si l’un des trois fondateurs traverse une mauvaise passe médiatique. Probabilité : faible mais non nulle.
Le vrai juge de paix sera le taux de réachat à 3 mois. Si les consommateurs reviennent — ce qui n’a pas été le cas pour Prime — alors Ciao Energy peut s’installer durablement.
Trois choses nous font penser que Ciao Energy peut réussir là où Prime a échoué.
Un : le produit semble avoir été pensé en premier, pas la com’. La R&D Banger sur 24 mois en témoigne, et la composition (4g de sucre, stévia, embouteillage France) n’est pas un alignement de cases marketing.
Deux : les trois fondateurs ont des audiences complémentaires, pas redondantes. Squeezie touche les 15-25 ans gaming, Inoxtag les 12-20 ans aventure / sport, Léna les 18-28 ans mode/lifestyle. Pas de cannibalisation des cibles, donc effet multiplicateur réel.
Trois : le prix. À 1,49 €, on est dans la zone d’achat impulsif. Une canette ne se “décide” pas, elle se prend. C’est l’opposé de la stratégie premium de Prime qui demandait au consommateur de payer 3,50 € pour goûter — un blocage psychologique qui s’est confirmé.
Reste l’inconnue : la lassitude. Le public influence-driven n’est plus aussi captif qu’en 2022. La rédaction parie quand même que Ciao Energy sera le plus gros lancement food français de l’année. Rendez-vous dans 6 mois.